Prix de la thèse avec distinction ACES-ProQuest 2026

Thèse gagnante dans la catégorie arts et sciences humaines et sociales

Ivan Shmatko, Ph. D., Département de sociologie, Université de l’Alberta

Sous la direction de : Sandra Bucerius, Ph. D., professeure, Département de sociologie, Université de l’Alberta 

Thèse : Vernacular Army: Order Accomplishment in the Ukrainian Military During the Russian Invasion of Ukraine (L’armée du peuple : l’obéissance aux ordres dans l’armée ukrainienne pendant l’invasion de l’Ukraine par la Russie) (pas de lien; embargo)

« Permettez-moi de réitérer que cette thèse est, à mon avis, tout simplement excellente. Riche, bien écrit, clair et présenté de manière séduisante, ce document savant très stimulant apportera d’importantes contributions dans divers domaines de la sociologie et à la compréhension d’une question concrète, toujours d’actualité. » Ron Levi, Ph. D., professeur distingué de justice mondiale, Université de Toronto

La thèse d’Ivan Shmatko, Vernacular Army: Order Accomplishment in the Ukrainian Military During the Russian Invasion of Ukraine, montre comment les forces armées ukrainiennes ont procédé pour se coordonner et préserver cohésion et résilience pendant l’une des pires périodes de l’histoire de l’Ukraine. À partir d’un travail de terrain ethnographique poussé, effectué pendant la terrible invasion russe, M. Shmatko regarde comment les réseaux informels, la confiance et le savoir local ont aidé les soldats, les commandants et les institutions militaires à s’adapter aux bouleversements provoqués par la guerre. En montrant que la flexibilité, l’improvisation et la résolution des problèmes par les acteurs locaux peuvent devenir des atouts essentiels pour les organisations en temps de crise, son travail remet en question les hypothèses de base selon lesquelles l’efficacité des institutions dépend surtout de hiérarchies rigides et de procédures officielles. En plus de faire progresser la théorie sociologique, cette thèse apporte des éclairages précieux aux chercheurs et aux responsables des politiques qui s’intéressent aux organisations militaires, à la gouvernance et à la résilience des institutions durant les conflits et par la suite.

Shmatko s’est déjà taillé une réputation à l’international en tant que jeune chercheur dans les domaines de la sociologie, de la criminologie et de l’étude des institutions en période de conflit. Durant ses études doctorales, il a publié dans des revues phares, dont le British Journal of Criminology, a rédigé des chapitres d’importants ouvrages savants publiés par Oxford University Press et Lexington Books, et a produit des rapports de recherche percutants sur les expériences de juges, d’anciens combattants et de soldats blessés ukrainiens. Ses travaux ont bénéficié de nombreuses bourses d’études, bourses de recherche et subventions de recherche très convoitées, notamment la bourse d’excellence aux cycles supérieurs de l’Alberta (Alberta Graduate Excellence Scholarship) et une subvention de développement Savoir du CRSH. Hors du milieu universitaire, M. Shmatko a collaboré avec des organisations de la société civile sur des questions liées à la gouvernance, aux droits des anciens combattants et aux institutions démocratiques en Ukraine, en plus de faire du mentorat auprès d’étudiants ukrainiens dans le cadre du programme Invisible University for Ukraine. En 2025, il est entré en tant que professeur adjoint au département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Washington and Lee, où il poursuit ses recherches sur la guerre, les institutions et l’ordre social.

« La plupart du temps dans la recherche doctorale, voire dans la vie en général, l’idéal est de faire ce qui nous inspire tout en restant connecté sur le monde réel, au-delà de nos préoccupations et de nos espoirs immédiats. Il faut prendre conscience que le monde est un malstrom géant, parfois violent, qui ne cesse de tourbillonner, que ça nous plaise ou non; mais qu’on peut y imprimer sa marque si on se passionne vraiment pour ce qu’on fait. Il faut comprendre qu’en recherche, on a affaire à beaucoup de choses qui souvent ne sont que moyennement prévisibles, à l’instar des malstroms; et pourtant, on doit oser y plonger quoi qu’il advienne. Je pense que c’est en se connectant au monde et en s’ouvrant aux surprises qu’il apporte qu’on devient un bon chercheur. » Ivan Shmatko, Ph. D.

Thèse gagnante dans la catégorie arts et sciences humaines et sociales

Blair Attard-Frost, Ph. D., Faculté d’informatique, Université de Toronto

Sous la direction de : Kelly Lyons, Ph. D., professeure, Faculté d’informatique, Université de Toronto

Thèse: The Impacts and Governance of Artificial Intelligence: A Transfeminist Perspective (Impacts et gouvernance de l’IA : un point de vue transféministe)

« Je pense qu’il est important de souligner l’originalité du travail de Blair Attard-Frost… Sa thèse fait progresser des travaux antérieurs sur les lacunes de la gouvernance de l’IA, leurs causes et les mesures qui peuvent être prises pour améliorer la surveillance et renforcer la participation de la société civile de manière à éviter les effets préjudiciables de l’IA. » Joanna Redden, Ph. D., professeure agrégée, Faculté des sciences de l’information et des médias, Université Western Ontario

Dans sa thèse intitulée The Impacts and Governance of Artificial Intelligence: A Transfeminist Perspective, Blair Attard-Frost se demande comment encadrer l’intelligence artificielle afin d’en maximiser les avantages et d’en minimiser les effets préjudiciables pour la société, en particulier pour les groupes historiquement marginalisés. En s’inspirant d’idées issues des sciences de l’information, des études féministes et trans, de la théorie organisationnelle et des politiques publiques, Mme Attard-Frost a élaboré de nouveaux cadres d’appréhension de la gouvernance de l’IA et s’en est servi pour analyser différentes initiatives canadiennes concernant l’IA. Après avoir démontré que les approches de gouvernance actuelles négligent souvent les impacts sociétaux et environnementaux généraux au profit de l’innovation et de l’industrie, sa thèse présente des recommandations pratiques visant la création de systèmes de gouvernance de l’IA plus équitables, plus transparents et plus responsables. En conjuguant travail interdisciplinaire rigoureux et analyse de véritables politiques, elle apporte une contribution importante à l’étude d’un des problèmes de politiques publiques les plus urgents de l’heure.

Blair Attard-Frost s’impose déjà comme une chercheuse émergente qui se démarque en gouvernance et en éthique de l’intelligence artificielle. Pendant ses études doctorales, elle a rédigé ou corédigé neuf articles de revues à comité de lecture, cinq chapitres de livres, quatre rapports de recherche et bon nombre de notes de breffage et de commentaires publics. La recherche effectuée pour sa thèse a été citée plus de 300 fois et a éclairé les discussions sur les politiques fédérales sur l’intelligence artificielle, notamment des mémoires présentés au Parlement, au Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et à Innovation, Sciences et Développement économique Canada. Porteuse d’une expertise en gouvernance de l’IA très recherchée, elle a été invitée à prononcer des dizaines de conférences et des exposés publics, et a été désignée en 2025 comme l’une des « 100 femmes brillantes dans le domaine de l’éthique de l’IA ». Entrée à l’Université de l’Alberta en 2025 comme professeure adjointe au département de sciences politiques, Blair Attard-Frost est aussi titulaire de la chaire canadienne de l’Institut canadien de recherches avancées en IA et membre de l’Alberta Machine Intelligence Institute (Amii), où elle poursuit ses recherches sur la gouvernance, l’éthique et les politiques publiques en matière d’IA.

I often thought about my trans dissertation through the lens of Susan Stryker’s work on trans monstrosity. A dissertation is a gigantic, disgusting monster that you must learn to find beauty in. You are stitching together a strange creature: parts won’t fit together correctly and will be gross and messy and ugly. Instead of fixating on all the obvious flaws and horrors, look for moments of joy and playfulness in your experimentation. Embrace monstrosity and revel in slop. Look for good ideas in clumsy writing, look for strong features in awkward drafts. Once you find ways of loving your weird little monster, failures will feel like small victories. This will be a grueling process, but it will be made easier if you are not alone in it. Look for mentors and peers you trust (never be afraid to cold intro yourself at events or online!), trust their love for your monster, then trust yourself and trust the process. Walk past your bullies and smile at your haters — your monster is beautiful.” Dr. Blair Attard-Frost

Thèse gagnante dans la catégorie génie, sciences médicales et sciences naturelles

David Black, Ph. D., Département de génie électrique et informatique, Université de la Colombie-Britannique

Sous la direction de : Septimiu (Tim) Salcudean, Ph. D., chaire C.A. Laszlo de génie biomédical, Département de génie électrique et informatique, Université de la Colombie-Britannique

Thèse : Bilateral Human Teleoperation – A Mixed Reality System for Remote Ultrasound (Téléopération humaine bilatérale – Un système de réalité mixte pour la télé-échographie)

« La thèse de David Black est extraordinaire. J’en ai rarement lu une au cadre aussi ambitieux. Malgré l’étendue du travail (qui va par exemple de l’étude de matériel au contrôle en passant par les facteurs humains), chaque chapitre satisfait aux normes de recherche les plus rigoureuses dans son domaine… L’écriture est de très grande qualité. Les concepts complexes sont bien expliqués, et le jargon (inévitable!) est défini soigneusement et au bon moment. » Blake Hannaford, Ph. D., professeur au Département de génie électrique et informatique de l’Université de Washington

La thèse de David Black, intitulée Bilateral Human Teleoperation – A Mixed Reality System for Remote Ultrasound (Téléopération humaine bilatérale – Un système de réalité mixte pour la télé-échographie), présente une toute nouvelle façon d’offrir des services de santé aux populations isolées. M. Black a conçu un système de réalité mixte qui évite les coûts élevés associés à la robotique médicale et dispense les patients de faire de longues heures de route pour aller passer des examens d’imagerie diagnostique. En combinant réalité mixte, retour haptique, moyens de communication avancés et technologies de détection innovatrices, le système permet à un échographiste expert situé à des centaines de kilomètres de guider, à distance, une personne sans formation en échographie afin qu’elle puisse réaliser un examen de qualité diagnostique. Dans le cadre d’une étude clinique phare reliant Vancouver et la Première Nation de Haida Gwaii, des membres de la communauté autochtone dépourvus de toute expérience préalable en échographie ont réussi à produire des images de qualité diagnostique dans 92 % des cas, en étant guidés à distance. Le concept innovateur de la « téléopération humaine » créé par M. Black pourrait révolutionner l’accès aux services de santé pour les populations rurales, isolées et autochtones au Canada et dans le monde entier, tout en réduisant les coûts économiques et environnementaux associés aux déplacements des patients.

David Black s’est rapidement imposé comme l’un des jeunes chercheurs en robotique médicale et en télémédecine les plus prometteurs au Canada. Ses travaux de recherche doctorale ont débouché sur huit publications dans des revues à comité de lecture, deux brevets, bon nombre de communications présentées lors de colloques et plusieurs prix internationaux, dont le prix Excellence en innovation de MITACS, le prix du meilleur article du symposium Hamlyn et le prix du meilleur article d’étudiant de la conférence sur la téléprésence de l’IEEE. Boursier du Programme de bourses d’études supérieures du Canada Vanier et titulaire d’une bourse postdoctorale du CRSNG, M. Black a déjà commencé à mettre les résultats de ses recherches en application en cofondant Coact Technologies, une jeune pousse ayant pour mission d’offrir des services de télé-échographie en réalité mixte dans des localités isolées. À titre de chercheur postdoctoral à l’Université de la Colombie-Britannique, il continue de faire progresser les technologies qui favorisent un accès équitable aux soins spécialisés, tout en ouvrant un tout nouveau domaine de recherche en téléopération humaine.

« Un doctorat est une occasion unique de plonger au cœur d’un sujet fascinant, avec une flexibilité et une liberté d’explorer sans pareilles – non seulement dans le travail académique, mais aussi à la faveur de projets parallèles, d’activités d’enseignement et d’encadrement, de participations à des colloques, stages ou échanges, etc. Selon mon expérience, une bonne façon de tirer le maximum de son doctorat, c’est de saisir le plus grand nombre possible de ces occasions tout en gardant le cap sur sa thèse. » David Black, Ph. D.

Thèse gagnante dans la catégorie génie, sciences médicales et sciences naturelles

Pierre-Antoine Bernard, Ph. D., Département de physique, Université de Montréal

Sous la direction de : Luc Vinet, Ph. D., professeur titulaire au Département de physique et directeur général d’IVADO (Consortium de recherche, de formation et de mobilisation des connaissances en intelligence artificielle)

Thèse Spins et fermions libres sur des réseaux associés à des fonctions bispectrales

« La thèse fait plus de 500 pages, et chaque chapitre est fondé sur un manuscrit publié… Le style est très cohérent et la lecture limpide… Les résultats offrent un tour d’horizon complet et une extension des modèles pouvant être résolus exactement. C’est un travail très impressionnant et exhaustif qui pourrait inspirer plusieurs thèses de doctorat. » Matthias Christandl, Ph. D., professeur au Département des sciences mathématiques de l’Université de Copenhague

Dans sa thèse Spins et fermions libres sur des réseaux associés à des fonctions bispectrales, Pierre-Antoine Bernard, Ph. D., explore les fondements mathématiques des systèmes quantiques et l’influence de leur structure sous-jacente sur leur comportement physique. Au carrefour de la physique théorique, des mathématiques et de l’informatique quantique, M. Bernard a élaboré de nouveaux cadres mathématiques pour étudier l’intrication quantique dans des systèmes complexes à plusieurs corps. L’une de ses grandes contributions est la création de la théorie des schémas d’association P-polynomiaux multivariés, une percée qui élargit considérablement un cadre mathématique utilisé depuis longtemps pour classer les structures hautement symétriques. Ses recherches ont également instauré de nouvelles méthodes d’analyse des systèmes quantiques et de traitement de signaux, qui ont révélé des liens inattendus entre la combinatoire algébrique, la physique quantique et la théorie de l’information. En mariant des idées provenant de différentes disciplines, sa thèse fait progresser les connaissances fondamentales et fournit de nouveaux outils puissants pour de futures recherches en informatique quantique, en mathématiques et en physique théorique.

Bernard dispose déjà, en début de carrière, d’un profil de recherche international exceptionnel. Sa thèse repose sur 18 publications évaluées par des pairs dans des revues phares traitant de physique, de physique mathématique et de mathématiques – un exploit pour une recherche doctorale. Des chercheurs de renommée internationale ont souligné que son travail avait fait progresser de manière fondamentale la théorie des schémas d’association; un éminent expert les a d’ailleurs décrits comme l’une des percées les plus révolutionnaires des dernières années dans le domaine. Tout au long de ses études doctorales, M. Bernard a reçu nombre de bourses et de prix très convoités, notamment des bourses de doctorat du CRSNG et du FRQNT, et il a présenté ses travaux lors de colloques internationaux prestigieux en Amérique du Nord et en Europe. Après avoir terminé son doctorat, il est entré comme chercheur postdoctoral au Centre for Quantum Information and Quantum Control de l’Université de Toronto, où il poursuit ses travaux sur le traitement de l’information quantique et les méthodes mathématiques appliquées aux technologies quantiques.

« Faire un doctorat est une entreprise incroyablement difficile qui crée souvent un sentiment d’isolement. Avec le recul toutefois, ce que je retiens le plus, c’est la qualité exceptionnelle des gens que j’ai eu le privilège de rencontrer, de qui j’ai appris et avec qui j’ai travaillé. Ces cinq dernières années, j’ai rencontré une foule d’étudiants, de postdoctorants et de professeurs inspirants. Une chose qui m’a beaucoup aidé, c’est d’avoir articulé mon doctorat autour de collaborations avec des gens que j’admirais et avec lesquels il m’était agréable de travailler. C’est un des aspects les plus gratifiants de mon expérience aux cycles supérieurs. » Pierre-Antoine Bernard, Ph. D.

Le Prix de la thèse avec distinction ACES-ProQuest récompense des thèses de doctorat canadiennes qui apportent à leur discipline respective et à la société canadienne en général une contribution d’une importance et d’une originalité exceptionnelles. Institué en 1994, il est décerné annuellement par l’ACES et commandité par ProQuest. Pour être admissibles au prix de 2026, les thèses doivent avoir été achevées et acceptées par l’école d’études supérieures entre le 1er janvier 2025 et le 31 décembre 2025.

Sans surprise, de nombreuses candidatures extraordinaires ont été déposées pour ce prix, et il a été extrêmement difficile de trancher. À l’échelle du pays, 22 demandes ont été reçues par l’ACES dans chaque catégorie. Elles ont été évaluées par deux jurys experts indépendants, composés chacun de neuf juges, qui ont rendu leur décision à l’unanimité et souligné la qualité exemplaire des quatre thèses retenues.

Par ailleurs, pour la première fois depuis la création de ce prix, les deux meilleurs candidats sont arrivés ex æquo. Ils seront célébrés tous les quatre par l’ACES cette année.

Les quatre récipiendaires recevront individuellement 1 500 $, un certificat d’honneur et une invitation à présenter une communication pendant le 64e congrès annuel de l’ACES, qui se tiendra à Regina en novembre 2026. L’ACES les félicite pour la qualité exceptionnelle de leurs thèses!